Maladie de système, Médecine interne
Publié le 31 mar 2025Lecture 2 min
L’initiation précoce d’hydroxychloroquine prévient le risque de progression vers un lupus systémique chez les patients avec un lupus érythémateux cutané
François CHASSET, service de dermatologie et allergologie, Hôpital Tenon, Paris

Le lupus érythémateux cutané (CLE) est une dermatose inflammatoire chronique qui peut être une maladie isolée ou s’associer à un lupus érythémateux systémique (SLE), maladie sévère pouvant entraîner une augmentation de la morbi-mortalité. Il existe un risque de progression vers un SLE chez les patients avec un CLE évalué à 5-25 %, avec des facteurs de risque récemment identifiés qui incluent l’âge précoce au diagnostic, un taux d’anticorps antinucléaires élevé et un phototype V-VI.
L’hydroxychloroquine est recommandée en première ligne de traitement systémique dans le CLE. Dans les formes modérées, des traitements topiques seuls sont préconisés dans la plupart des recommandations. Dans cette étude, l’intérêt d’un traitement précoce par HCQ pour prévenir le risque de progression vers un SLE a été évalué.
Résultats d’une étude de cohorte
Il s’agissait d’une étude de cohorte rétrospective incluant des patients avec un CLE confirmé histologiquement. Les patients étaient comparés en deux groupes : un groupe traité initialement par HCQ 400 mg/j et un groupe traité initialement par traitement topique (dermocorticoïdes ou inhibiteurs topiques de la calcineurine). Les patients avec un SLE utilisant les critères ACR/EULAR ≥10 points avec des Ac antinucléaires ≥80 étaient exclus, même si le CLE était la seule manifestation clinique du SLE. Des analyses de sensibilité excluant les immunosuppresseurs et avec un score de propension étaient réalisées. Au total, la cohorte était constituée de 286 patients : 186 dans le groupe HCQ et 100 dans le groupe traitement topique. La durée moyenne de suivi était de 7 ans. Le sous-type le plus fréquent de CLE était le sous-type discoïde à 84 %, ce qui est classique. Les deux cohortes étaient globalement comparables sur les données initiales. Il y avait davantage de CLE modéré à sévère (CLASI-A > 10) 27 % vs 20,6 %, p < 0,001. De façon surprenante, il y avait davantage d’arthralgies dans le groupe traitement topique (24,5 % vs 19,4 %).
Au total, 36 % (12,6 %) ont développé un SLE au cours du suivi, 9 patients (4,8 %) dans le groupe HCQ et 27 patients (27 %) dans le groupe traitement topique (p < 0,001). Le risque de développer un SLE sévère, définit comme un SLE avec des manifestations extracutanées justifiant un traitement immunosuppresseurs, une corticothérapie générale importante et/ou conduisant à l’hospitalisation était également inférieur dans le groupe HCQ par rapport au traitement topique (2,2 % vs 12 %, p = 0,001). Les résultats restaient statistiquement significatifs en analyse multivariable et dans l’analyse utilisant le score de propension.
Conclusion
Finalement, cette étude suggère que l’initiation précoce d’HCQ peut éviter le risque de progression vers un SLE. Bien que le design soit rétrospectif, les analyses multivariées et le score de propension rendent cette étude solide sur le plan méthodologique. On peut s’interroger sur la faible initiation d’HCQ dans cette population en particulier chez des patients avec des arthralgies ou un CLASI-A > 10. Il serait intéressant de comparer ces résultats dans une autre cohorte ou dans un essai contrôlé randomisé.
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